Sur le Rocher de Carlat était jadis édifié un château. Contre lui vint buter en 839 Louis-le-Débonnaire, fils de Charlemagne. C’est la première mention connue de ce "castrum".

Sur le Rocher de Carlat était jadis édifié un château, siège de la Vicomté de Carlat. L’origine de cette forteresse se perd dans la nuit des temps. Contre elle vint buter en 839 le fils de Charlemagne, Louis-le-Débonnaire. C’est la première mention connue de ce « castrum ».

Une forteresse imprenable

Le Rocher de Carlat est isolé et taillé à pic de tous côtés. Constamment renforcé au cours du Moyen-Âge, le château est défendu par une ligne continue de murs épais, de bastions et de hautes tours crénelées, constructions gigantesques et solides qui rendent impuissante l’action des engins de guerre employés avant l’usage de la poudre. Ce château est ainsi à l’abri de la sape, de la mine et de l’escalade. Seules la trahison et la ruse de l’ennemi pourront en venir à bout. C’est un chemin étroit creusé dans le roc qui permet l’accès à la forteresse. L’enceinte est flanquée de tours, notamment la Tour « Noire » et la Tour « Gailhar » vers la pointe orientale du Rocher.

A l’intérieur, autour d’une vaste place d’armes, se trouvent le logis dit « du commandeur », le palais Bridoré devenu résidence du vicomte, l’église paroissiale Saint-Avit et la commanderie du Temple transmise aux chevaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem après 1312. Autour de la base du Rocher s’élève un mur d’enceinte de 4 m d’épaisseur délimitant une fausse braie de 400 m de développement, tandis que l’accès principal de la place est défendu par un important dispositif de défense avancée. Cette barbacane, ou châtelet d’entrée, est postérieure à la présence du château, et pourrait être l’œuvre de Jean de France, duc de Berry.

Carlat à son apogée

Le château de Carlat, dont l’histoire est liée à celle de ses vicomtes, est assiégé, attribué, hérité, vendu à maintes reprises, passant alternativement entre les mains de plusieurs familles princières et de la Couronne. Cependant, certaines périodes sont particulièrement marquantes pour l’évolution de la forteresse. C’est Bonne de Berry, fille de Jean de France, duc de Berry, et son époux qui donneront au XIVe siècle une importance majeure à la vicomté de Carladès.

Au XVe siècle, Jacques d’Armagnac, duc de Nemours, et son épouse Louise d’Anjou (cousine germaine et filleule de Louis XI) font de Carlat leur résidence principale. C’est alors que l’imprenable forteresse atteint l’apogée de sa splendeur. Environ 400 personnes y résident lorsque Louis XI, obsédé par la traitrise, décide de mettre un terme à l’attitude ambiguë de son vassal dont les invités ont parfois des allures de conspirateurs. Il ordonne donc le siège de la place le 9 février 1476. Jacques d’Armagnac se rend au bout d’un mois, suite à la disparition de son épouse morte en couche. Il sera exécuté le 4 août 1477 et ses biens confisqués à la suite d’un long procès dont les dépositions, qui ont traversé les siècles, dévoilent une part de la vie des personnages qui peuplèrent ces lieux.

La Vicomté de Carlat est d’abord donnée à Jean de Blosset, Sénéchal de Normandie, puis passe aux mains de Pierre ll de Bourbon et Anne de France, fille de Louis XI. Celle-ci n’y réside pas mais gouverne avec sagesse et opiniâtreté les nombreux domaines de ce riche patrimoine.
Au commencement du XVIe siècle, elle doit honorer un traité passé entre Jacques d’Armagnac et l’Ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem stipulant la construction de l’église actuelle de Carlat. Anne de France fait de son gendre, le Connétable de Bourbon, son héritier, mais François Ier confisque les biens de ce dernier.

Démolition ordonnée par Henri lV

Au milieu du XVIe siècle, le château appartenant à la Couronne ne sert plus qu’à loger une garnison et les bâtiments sont négligés. Jusqu’à ce que Marguerite de Valois, Reine de Navarre et première épouse du Roi Henri lV (la « Reine Margot » popularisée par Alexandre Dumas), s’y réfugie du 30 septembre 1585 au 14 octobre 1586 et y fasse effectuer quelques travaux.

En 1584, lors des guerres de Religion, le Roi Henri III envisage le « razement » de la forteresse, afin qu’elle ne tombe pas entre les mains des Huguenots. Finalement ordonnée par Henri IV, cette démolition est réalisée entre le 22 décembre 1603 et le 12 mai 1604. Tout est jeté de la cime du roc dans les précipices qui l’entourent.

En 1643, la Vicomté est érigée en Comté de Carladès, lequel est attribué par Louis XIII au Prince de Monaco Honoré II Grimaldi, pour services rendus au Roi et en contre-partie de la perte de plusieurs terres considérables qu’il possédait dans le Royaume de Naples. A la Révolution, les droits de la Principauté sur le Carladès sont supprimés.

Au début du XXe siècle, le Rocher de Carlat appartient à des particuliers qui envisagent de l’exploiter en carrière, une menace pour la survie du site. La Société de la Haute-Auvergne se hâte alors d’acheter en 1911 ce patrimoine historique du Carladès et du Cantal. En 1914, elle le rétrocède à la famille Grimaldi.